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Contexte religieux



Dernière mise à jour
le 01/12/2019

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Introduction

Certains vitraux de l’église Saint Maurice de Neuville les Dames représentent des saints vénérés à la fin du XIXème siècle. Ces vénérations s’expliquent par la promulgation de deux dogmes :

Un jour de juin 1675, Sainte Marguerite-Marie Alacoque, religieuse du monastère de la Visitation à Paray-le-Monial (Saône et Loire) reçut une apparition privée du Christ qui lui demanda l’institution d’une fête pour célébrer son cœur.

L’église Saint Maurice a été construite entre 1889 et 1892. Les vitraux ont été réalisés en 1891.

Le dogme de l’Immaculée Conception

De tout temps, les chrétiens ont vénéré Marie. Elle est représentée dans les catacombes. Elle est reconnue comme la Mère de Dieu au concile d’Ephèse (Turquie actuelle) en 431, une Mère toute sainte, que le péché n’a pu toucher. On ne se croyait pas obligé d’en dire davantage. Comme on ne se croyait pas obligé de mettre des mots pour définir comment le Christ est réellement présent dans l’Eucharistie. Cela allait de soi, pour le croyant.

Un désaccord initial.

Mais, avec le temps, des questions se sont posées qui n’avaient pas été aperçues d’abord. Que Marie n’ait pas péché personnellement, nul, ou presque, ne le contestait. Dans le comportement de son Fils, elle n’avait pas toujours tout compris mais elle ne l’a jamais renié. Elle est présente au pied de la Croix. Pourtant saint Paul a dit que « tous ont péché » (Romains III, 23). La faute d’Adam a des suites... L’Humanité est blessée, c’est le péché originel. A-t-il atteint celle qui serait appelée à devenir la Mère de Dieu ? Les Pères de l’Eglise considéraient Marie comme une femme admirable, mais qui avait pu tout de même commettre des péchés. En fait, « le cheminement de l’imaginaire marial sur la sainteté de Marie » s’est fait progressivement. Les théologiens des IIe et IIIe siècles, notamment Tertullien, Origène ou Jean Chrysostome, considéraient Marie comme une femme admirable, mais qui avait pu tout de même commettre des péchés : on pouvait imaginer par exemple qu’elle ait éprouvé de l’orgueil à Cana ou du désespoir au pied de la croix. Au Moyen Áge, Franciscains et Dominicains ne sont pas du même avis sur ce point. Les Franciscains et la faculté de théologie de la Sorbonne sont favorables à l’Immaculée Conception. Le franciscain Jean Duns (1265-1308) est l’auteur de la maxime « Potuit, decuit, fecit » (« Dieu pouvait préserver sa Mère du péché de la race, il convenait qu’il le fît et il l’a fait »). D’ailleurs, l’Église orthodoxe considère toujours que Marie est « la toute sainte » parce qu’elle n’a jamais commis de péché, et non pas parce qu’elle aurait été préservée du péché originel. Thomas d’Aquin écrit : "Marie a été nécessairement conçue avec le péché originel", car sinon « elle n’aurait pas eu besoin d’être rachetée par le Christ ». Saint Thomas d’Aquin et, avant lui, un grand dévot de la Vierge, saint Bernard de Clairvaux, pensent quant à eux que la parole de saint Paul ne souffre pas d’exception et que la Vierge Marie, si sainte soit-elle, n’a pas été exempte du lot commun de l’Humanité.

Puis, le culte marial s’amplifiant, l’idée se propage que Marie n’avait pas pu faire la moindre faute contre Dieu : elle devient « la toute pure », sans souillure ni corruption.

Les théologiens cherchent alors à définir à quel moment de son existence l’intervention de Dieu peut avoir permis cette purification. Pour certains, c’est au moment où Marie a conçu Jésus ; pour d’autres, c’est à sa propre naissance, voire même avant sa naissance, dès le sein de sa mère ; pour d’autres encore, c’est au moment de sa conception. Parallèlement, saint Augustin développe une réflexion sur le péché originel : tout être humain est conçu et naît dans une situation marquée par l’éloignement de Dieu et la propension au mal. Du coup, si l’on voulait maintenir l’affirmation de la totale sainteté de Marie, il fallait soutenir qu’elle avait été préservée du péché originel. Préservation dont saint Augustin hésitait à « gratifier » Marie. Au XIIe siècle, malgré les reproches de saint Bernard - pourtant grand dévot de Marie -, les chanoines de Lyon sont les premiers à adopter une fête de la conception sans péché de Marie, le 8 décembre. Mais il devient de plus en plus courant de penser que Marie a été sans tache, « immaculée dès sa conception ».

La décision du Concile de Trente.

Au XVe siècle, un franciscain compose une messe de l’Immaculée Conception et demande au Pape Sixte IV de l’approuver.

Par la Constitution Grave nimis (1483), le pape Sixte IV interdit au XVe siècle aux tenants de l’une ou l’autre position de s’invectiver : ni les uns, ni les autres ne sauraient « se rendre coupables d’hérésie ou de péché mortel, puisque la chose n’a pas encore été décidée par l’Église romaine et le Siège apostolique ». Le Concile de Trente (1545-1563), en publiant son décret dogmatique sur le péché originel, dans lequel il est établi et défini que tous les hommes naissent atteints du péché originel, déclare pourtant d’une manière solennelle qu’il n’a pas l’intention de comprendre dans ce décret la bienheureuse et Immaculée Vierge Marie et approuve la sage mesure de Sixte IV. Par cette déclaration, les Pères du Concile de Trente font entendre que l’Immaculée est exempte de la tache originelle.

Priée avant d’être définie.

L’absence de définition dogmatique n’a pas empêché les chrétiens de célébrer la conception de Marie sans péché, inspirés par le récit de l’Annonciation : Marie est « comblée de grâce » (Luc I, 28). Dès les premiers siècles du christianisme, tant en Orient qu’en Occident, on célèbre la pureté de Marie qui est « Panaghia », toute sainte, sanctifiée par l’Esprit-Saint. Selon les lieux, la fête de l’Immaculée Conception apparaît à diverses époques, avant de devenir universelle en 1602. En l’absence de dogme, l’appellation « Marie conçue sans péché » se répand, particulièrement après les apparitions de la rue du Bac à Paris en 1830. La Vierge demande à Catherine Labouré de faire frapper une médaille portant ces mots : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » Sans se prononcer sur les apparitions elles-mêmes, l’archevêque de Paris autorise la frappe de la médaille que l’on dira vite miraculeuse et qui est reproduite à des millions d’exemplaires. Bernadette Soubirous elle-même la portait.

la demande des évêques français et espagnols

En 1617, Paul V interdit de s’opposer publiquement à l’affirmation de la conception immaculée de Marie et, cinq ans plus tard, Grégoire XV étend cette interdiction à l’expression en privé - ce qui montre que cette affirmation est loin de faire l’unanimité doctrinale. Au XVIIIe siècle, même si les théologiens restent partagés entre « maculistes » (affirmant que Marie n’a pas été dispensée du péché originel) et « immaculistes », une fête de l’Immaculée Conception est instaurée dans l’Église. Mais il faut attendre un siècle, pour que, accédant à la demande des évêques français et espagnols, Pie IX énonce le dogme selon lequel la Vierge Marie a été « au premier instant de sa conception, par une grâce singulière du Dieu tout puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ».

L’enquête du Pape.

De divers côtés, le Pape est sollicité pour que l’Église se prononce solennellement. Le pape Pie IX consulte tous les évêques du monde, les supérieurs des grands ordres religieux, les facultés de théologie. La question de la naissance de Marie porte moins sur le fonds que sur l’opportunité : la foi du peuple chrétien a-t-elle suffisamment mûri pour recevoir joyeusement l’affirmation : « Oui, dès le premier instant de sa conception, Marie a été indemne de toute blessure due au péché ? » Elle en a été sauvée « par une grâce venant déjà de la mort de son Fils » : de ce fait, elle fait bien partie de l’Humanité sauvée, la même que la nôtre. Elle n’est pas une déesse. À l’enquête menée par le Pape, la réponse est presque unanimement favorable. Le Pape n’a pas pris cette lourde décision seul, mais on pourrait dire qu’il a tenu une sorte de concile postal.

La proclamation du dogme.

Le 8 décembre 1854, en présence notamment de 200 évêques, la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception à travers la bulle Ineffabilis Deus (« ad exaltationem fidei catholicae, et christianae religionis augmentum ») donne lieu à une célébration grandiose à Saint-Pierre de Rome. Voici son essence : « Nous déclarons, nous prononçons et définissons que la doctrine qui affirme que la Bienheureuse Vierge Marie dès le premier instant de sa conception, par grâce et par privilège spécial de Dieu tout-puissant, en considération des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, fut préservée de toute tache du péché originel, est une doctrine révélée par Dieu, et que, pour cette raison, elle doit être fermement et constamment crue par tous les fidèles. »

25 mars 1858 : une confirmation.

Trois ans et quelques jours plus tard, « une petite demoiselle » apparaît à Bernadette Soubirous, tout juste âgée de 14 ans, le 11 février 1858, à la grotte de Massabielle. Les apparitions se succèdent, en particulier durant la quinzaine du 18 février au 4 mars. Très vite, Bernadette demande à l’Apparition quel est son nom. Celle-ci refuse de répondre : « Ce n’est pas nécessaire ». Dans ces conditions, Bernadette reste prudente. Elle parle d’« Aquero », ce qui peut se traduire par « cela » ou « celle-là ». Arrivés à la quinzième apparition, la Dame n’a toujours pas dit son nom, malgré les demandes répétées de Bernadette encouragée par son curé. Nous sommes au temps du Carême. La jeune fille fera le jeûne d’apparitions pendant trois semaines entre le 4 et le 25 mars. Elle ne va plus à la grotte. Le matin du 25 mars, alors qu’il fait encore nuit, elle se sent appelée, ou poussée, à y revenir. Elle réitère sa demande : une fois, deux fois, trois fois. Normalement, au bout de trois fois, ce n’est plus la peine d’insister. Elle insiste. La Dame lui avait demandé de bien vouloir venir à la grotte. Bernadette a tenu parole. Maintenant, c’est elle qui demande à la Dame de bien vouloir lui dire son nom. À la quatrième demande, elle entend, en patois « Que soy era Immaculada Councepciou ! », ce qui signifie : « Je suis l’Immaculée Conception. »

L’unique « immaculée conception ».

Bien que la Dame s’exprime dans la langue locale, les mots sont inconnus de Bernadette : « Conçue sans péché », comme sur la médaille, ou « immaculée conception », ce n’est pas pareil. Elle remonte en courant vers le presbytère, en répétant sans cesse les mots entendus : comme elle n’a pas compris, c’est le seul moyen de ne pas oublier ce qu’elle a entendu. Le curé, l’abbé Dominique Peyramale, a une réponse logique : « Une dame ne peut pas porter ce nom-là. » Bouleversé, le curé la renvoie chez elle sans lui expliquer la signification de cette phrase. Il sait, lui, que le dogme de l’Immaculée Conception de Marie a été proclamé par Pie IX trois ans auparavant, le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus. Il est vite convaincu : la petite n’a pas pu inventer ces mots abstraits qu’elle tâche, l’après-midi, de se faire expliquer dans une famille amie. Bernadette ne variera jamais dans le récit mais elle n’emploiera pas souvent ces mots étranges dans sa prière ou dans ses écrits. Ce n’est pas par hasard que la Dame a dit son nom le 25 mars, jour de l’Annonciation. C’est ce jour-là que l’Ange appela Marie. Et, justement, il ne l’appela pas « Marie », mais « pleine de grâce », comme nous disons en français. Le grec de l’évangile est intraduisible. C’est un participe parfait, au passif : au parfait, parce que c’est définitif ; au passif, parce qu’il y a un auteur, Dieu lui-même. Risquons une paraphrase : « Chef d’œuvre de la grâce ». Cette manière de s’exprimer est unique dans l’Écriture. Marie est la seule à qui Dieu s’adresse de cette façon. Elle est l’Immaculée Conception, avec l’article défini, parce qu’elle est la seule. Comme le Christ est le seul à être la Voie, la Vérité et la Vie.

Être parfaitement libre.

Reste une question : pourquoi la Vierge Marie a-t-elle été conçue sans péché ? L’union conjugale de ses parents qui lui ont transmis la vie n’avait rien de peccamineux : il faut, sans cesse, démentir ce contre-sens. L’Immaculée Conception de Marie ne regarde pas le passé, mais l’avenir. Marie est indemne de tout péché, de toute trace de péché, pour qu’elle puisse répondre à la mission que Dieu veut lui confier : être la Mère du Fils, du Sauveur de son peuple et de l’Humanité. Accepter d’être la mère virginale du Fils de Dieu demande une foi dont personne, dans l’Ancien Testament, n’a jamais été capable. Il faut qu’elle soit totalement libre, non pas d’une liberté d’indifférence, mais d’une liberté de don, qui permet de dire « oui » à ce qui nous dépasse. Quand il est venu en pèlerinage à Lourdes, le 15 août 2004, le pape Jean-Paul II déclarait à la fin de son homélie, avec ce qui lui restait de force dans la voix : « Soyez des femmes et des hommes libres ! Mais rappelez-vous : la liberté humaine est une liberté marquée par le péché. Elle a besoin, elle aussi, d’être libérée. Marie est la seule créature parfaitement libre. » Le « privilège » de l’Immaculée Conception n’a été accordé qu’à Marie parce qu’elle seule eut à faire cet acte de foi qui va de l’Annonciation à la Croix et qui s’épanouit dans la gloire de l’Assomption, à la suite du Christ dans la gloire de son Ascension. Nous-mêmes sommes appelés à paraître, un jour, devant Dieu, « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ephésiens I, 4) : car, dans le monde chrétien, un privilège est toujours accordé pour profiter à tous.

Le dogme de l’infaillibilité pontificale

En savoir plus sur ce qu’est l’infaillibilité pontificale
Pour ce dogme aussi, la France a joué un rôle. Ce dogme était devenu nécessaire suite à un courant de pensée : le gallicanisme.

La doctrine gallicane

Pouvoir temporel et pouvoir spirituel

La doctrine gallicane commence à se formuler après l'opposition entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. Les légistes du roi qui sont en lutte contre ce qu'ils jugent des abus de la justice spirituelle justifient l’indépendance du pouvoir temporel par rapport au pouvoir spirituel d'abord sur le plan judiciaire. Le pape publie la bulle Unam sanctam le 18 novembre 1302, dans laquelle il affirme : « Il est de nécessité de salut de croire que toute créature humaine est soumise au pontife romain : nous le déclarons, l’énonçons et le définissons. » Le roi réagit vivement en envoyant Guillaume de Nogaret pour tenter d'enlever le pape à Anagni en 1303. C'est un échec.

Philippe VI réunit en 1329 l'assemblée de Vincennes afin d'avoir un avis sur les conflits entre la justice temporelle et la justice spirituelle. Pierre de Cuignières défend la supériorité de la justice du roi dans le domaine temporel de la Couronne.

Pendant le grand schisme d'Occident, le concile de Paris se réunit entre 1396 et 1398. L'Université de Paris propose de décréter que les conciles sont supérieurs au pape et l'indépendance temporelle du roi. En mai 1398, le troisième concile de Paris vote la soustraction d'obédience à Benoît XIII. Le parlement de Paris vote le 11 septembre 1406 la suppression des annates, menus et communs services, procurations et autres taxes apostoliques à partir du 27 juillet 1398. L’Église gallicane décide de reconnaître l’autorité du pape seulement au spirituel le 14 janvier 1407. Le concile de Paris de 1408 édicte des décrets sur l'organisation de l'Église gallicane.

Au concile de Constance, Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, défend la supériorité du concile sur le pape. Par son décret Frequens, le concile se déclare institution permanente de l’Église chargée du contrôle de la papauté. Le concile de Bâle confirme le décret Frequens de Constance mais Eugène IV le transfère à Bologne, ce qui amène le concile à ouvrir un procès contre le pape. Celui-ci décide finalement de déplacer le concile à Ferrare en 1437. Les pères du concile de Bâle se déplacent à Lausanne. Le conflit entre les pères du concile et le pape se termine en 1449 quand Nicolas V ratifie les décrets de Bâle et de Lausanne.

Au XVe siècle le Royaume de France fait une première tentative de gallicanisme : en 1438, le roi Charles VII, par la Pragmatique Sanction de Bourges, limite les prérogatives papales et affirme la supériorité des décisions des conciles de Bâle et de Constance sur celles du pape.

L'essor du gallicanisme

Au XVIIe siècle, le plus illustre représentant de ce courant est Bossuet, évêque de Meaux, qui rédige les quatre articles gallicans de 1682 signés par l'assemblée des évêques de France. Bossuet y reprend les décisions du concile de Constance (1414-1418) qui rappelait que le concile œcuménique (assemblée de tous les évêques et abbés) était l'organe suprême en matière d'autorité et d'enseignement au sein de l'Église.

Á la fin du XVIIe siècle, le gallicanisme s'implante largement dans le clergé français, d'une part grâce aux théories de Bossuet, largement approuvées, d'autre part grâce aux positions gallicanes des jansénistes, qui reprochent au pape son intervention à l'intérieur du clergé français. Le clergé français du XVIIIe siècle est largement gagné aux idées gallicanes, ce qui permet, au début de la Révolution française, l'adoption de la Constitution civile du clergé. Cette constitution religieuse, d'inspiration gallicane, fait quasiment des membres du clergé des fonctionnaires salariés par l'État sous réserve de prêter un serment de fidélité à la constitution à partir du 4 janvier 1791. Après une longue hésitation, le pape Pie VI condamne cette Constitution civile, ce qui a pour conséquence une division du clergé français entre « jureurs » et « réfractaires ».

L'Église constitutionnelle, en place jusqu'en 1801, se considère comme une Église gallicane, c'est-à-dire catholique, romaine (les évêques reconnaissent la primauté spirituelle du pape, à qui ils adressent une lettre de communion), mais qui a ses libertés propres. Elle ne se veut en aucun cas une Église schismatique.

L'effacement progressif de l'idée gallicane au XIXe siècle

Le Concordat

Soucieux de rétablir la paix civile, Napoléon Bonaparte négocie le Concordat avec le pape Pie VII. Á cette occasion, en 1801, le souverain pontife, à la demande du chef de l'État, dépose l'ensemble de l'épiscopat français : évêques élus en vertu de la Constitution civile du clergé comme prélats d'Ancien Régime survivants. C'est la fin des principes de l'Église gallicane et la reconnaissance, implicite, de la primauté de juridiction du pape. Certains évêques et prêtres réfractaires, d'esprit gallican, refusent de se soumettre et fondent la Petite Église.

Le gallicanisme tend à se réduire à une doctrine administrative pour justifier l'intrusion du pouvoir dans les affaires religieuses. Ainsi les articles organiques imposés unilatéralement par Napoléon Bonaparte sont d'essence gallicane : enseignement de la Déclaration de 1682 dans les séminaires, interdiction de publier un texte pontifical sans l'accord du gouvernement, nomination des évêques par le gouvernement, réglementation très stricte de l'exercice du culte... Leur principal artisan, Portalis, explique que « d’après les vrais principes catholiques, le pouvoir souverain en matière spirituelle réside dans l’Église et non dans le pape, comme, d’après les principes de notre ordre politique, la souveraineté en matière temporelle réside dans la nation et non dans un magistrat particulier ».

Le triomphe de l'ultramontanisme

Après la Restauration, l'ultime sursaut du gallicanisme parlementaire (c'est-à-dire politique) se manifeste avec la parution en 1845 du Manuel sur le droit ecclésiastique français de Dupin.

Ainsi subordonné à l'État et à ses intérêts, le gallicanisme perd de plus en plus de terrain au sein du clergé. Le catholicisme français se romanise progressivement, avec la victoire des ultramontains en philosophie, en théologie morale, dans la liturgie et dans les formes de la piété. Dans cette évolution, Lamennais, avec son livre Essai sur l'indifférence en matière de religion, écrit de 1817 à 1823, joue un rôle pionnier. Il qualifie le gallicanisme de « dégoûtant mélange de bêtise et de morgue, de niaiserie stupide et de sotte confiance, de petites passions, de petites ambitions et d’impuissance absolue de l’esprit ». D'ailleurs, ses partisans sont des adversaires farouches du gallicanisme : Mgr Gousset, dom Guéranger, Rohrbacher... L'Univers de Louis Veuillot devient l'organe de ce clergé ultramontain.

Néanmoins, certaines institutions religieuses restent fidèles à un gallicanisme modéré : la faculté de théologie de la Sorbonne, le séminaire de Saint-Sulpice... Grâce au Concordat c'est le gouvernement qui nomme les évêques, les gallicans modérés restent présents dans l'épiscopat : Mgr Mathieu archevêque de Besançon, Mgr Dupanloup évêque d'Orléans, Mgr Affre et Mgr Darboy archevêques de Paris... Leur opposition à la centralisation romaine rejoint celle des défenseurs d'un catholicisme libéral, comme Montalembert, ou d'un néo-gallicanisme ouvert à la démocratie, dont le théoricien est Mgr Maret, professeur à la Sorbonne.

Mais en 1870 a lieu à Rome la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par le concile Vatican I. Cette décision, quoique fortement contestée par les évêques français, sonne le glas du gallicanisme. Plus globalement, la fin du gallicanisme ecclésiastique s'explique par la déconfessionalisation progressive de l'État et par la disparition de l'Ancien Régime, fondé sur l'alliance mystique du trône et de l'autel.

La loi de séparation des Églises et de l'État en 1905 supprime les liens entre l'Église de France et l'État.